Afin de m’installer convenablement au Pérou, j’ai tout d’abord réuni quelques personnes sympathiques autour de moi. Ce n’était pas bien difficile: étant le seul Français dans les fiestas, j’attirais les curieux et les curieuses comme un aimant.

Anapaula, une étudiante en design d’intérieur que j’ai rencontrée à peine ma valise défaite, m’a chaleureusement invitée, au bout de quelques semaines, à passer Noël avec sa famille.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant son adresse, située au cœur ****d’une favela creusée dans la vallée. Bien qu’Anapaula et ses parents ne fassent pas partie du quart de cette population sans eau ni électricité, c’est le contraste entre son train de vie et son lieu de vie qui me surprend.

Je l’avais imaginée de classe moyenne supérieure de par son style vestimentaire, son éducation et ses aspirations. Je réalise alors que le lieu de vie n’indique que très peu sur qui l’on est.

Située aux limites de la capitale et s’étalant sur le désert, l’entrée de la favela est plutôt bien desservie. Après un court trajet en métro, c’est son père qui m’attend en voiture aux portes du district.

“Pas question de se balader innocemment dans ces blocs, et encore moins pour un gringo comme toi”, me prévient-il d’un air inquiet. J’accepte volontiers le raccourci en voiture, puisque j’ai déjà prévu plus tard d’explorer les favelas à ma manière.

En m’enfoncant dans la vallée, j’ai l’impression d’être dans le creux d’un gigantesque amphithéâtre de briques et de tôles. Les maisons s’empilent à flanc de colline, serrées les unes contre les autres. Alors que la nuit commence à tomber, les lumières de secours s’activent sur chaque habitation, et la favela se transforme. Des centaines de points scintillent et forment une constellation inexplicablement belle, qui m’a fait oublier la précarité pendant un instant. Un ciel étoilé inversé.

Après un généreux repas de Noël et une tournée surprise de cadeaux de ma part (n’étant pas une coutume au Pérou passé un certain âge), un coup de feu détonna à l’extérieur et me fit sursauter.

Anapaula me presse de la suivre sur le toit et tout excitée, me présente la vue:

Des feux d’artifice jaillissent dans toute la vallée, formant un océan de crépitements dorés, rouges, verts et violets tout autour de nous. C’est un spectacle féerique, d’être présent au creux de cette symphonie lumineuse. Sur les toits, aux fenêtres et dans les ruelles, chacun admire l’horizon multicolore en riant et en se prenant dans les bras.

Je suis simplement heureux d’être ici.

J’ai déverrouillé un nouvel instant, une nouvelle oeuvre de mon musée intérieur.

À bientôt,